_Brins d'éternité_ 20 (Montréal, QC, Été 2008), 62 pages, ISSN 1710-095X www.brindeternite.com Prix : 6.00 $ Guillaume Voisine, 10070 avenue Millen, Mtl, QC, H2C 2E3

Au sommaire, quatre nouvelles. La première de V. K. Valev, « Le bon vieux temps », est aussi efficace qu'intriguante. De la bonne sf métaphysique qui unit l'émotion (l'amour d'un mari pour sa femme) à une hypothèse sur les conséquences de l'exploration mentale du temps passé, en remontant jusqu'au début de l'Univers. Son principal défaut, c'est d'aligner au moins trois décrochements par rapport à la réalité du lecteur ou à celle des personnages : l'épouse en question souffre d'un problème rarissime sinon inédit (l'impossibilité de se souvenir des moments trop émouvants), pour lequel un savant montréalais a mis au point une thérapie novatrice fondée sur une nouvelle théorie du temps, mais ce traitement va avoir un effet secondaire imprévu sur la patiente, qui se met à se souvenir non seulement de sa propre vie mais des ères antérieures de l'Univers... Cela fait beaucoup.

Ensuite, Émilie C. Lévesque nous offre « Racine », l'histoire d'une mère de famille angoissée par l'idée d'être seulement une femme au foyer. Une étrange transformation végétale va l'obliger à accepter l'enracinement chez elle...

La nouvelle « Le passeur » de Georges Boulevard est un peu dans la même veine : une étrange jeune fille recueillie par un homme s'établit près de chez lui pour vivre dans la solitude d'un étrange ermitage, en harmonie avec la nature grâce aux pouvoirs qu'elle maîtrise.

Enfin, Josée Boudreau signe « Le crépuscule de Baby ». La narratrice a très mal pris la disparition d'une amie surnommée Baby. En se lançant sur sa piste, la protagoniste apprend les souffrances cachées de sa copine et découvre l'évasion qu'elle a choisie. Ceci lui redonne le goût de vivre et de fonder une famille, mais ses propres souffrances la rattraperont. Le texte pâtit surtout du flou que Boudreau laisse planer au moment crucial.

Des recensions du film _Cloverfield_, du festival Fantasia 2008 et de livres récents complètent le numéro. En particulier, le roman _Spin State_ de Chris Moriarty a inspiré à Romain Lucazeau un essai intitulé « Promenade dans une conscience » qui rejette les tentatives de représenter la conscience humaine sous une forme spatiale, tout en acceptant que la mémoire puisse l'être. La critique est fondée et bien argumentée, mais une fois la distinction opérée, on aura surtout appris ce que la conscience n'est *pas*.

Jean-Louis Trudel